Magazine d'informations sur les associations, et les services de la région de la forêt d'Eawy et ses alentours. Magazine historique, culturel et environnemental.
Auffay : Histoire
La Muse
Habituellement, je n’utilise jamais la 1ere personne du singulier pour un journal d’information c’est mal venu, totalement inapproprié.
Mais là, c’est différent. Cette petite partie d’histoire locale d’Auffay, mon Père me l’a racontée, son ami Claude aussi… Ces deux là ne sont plus là pour vous la conter à votre tour. Alors je vais essayer de vous en apporter quelques bribes.
Dans le début des années 60 existait à Auffay une troupe de théâtre amateur dont mon Papa faisait partie. Cette troupe s’appelait la Muse. J’en ai connu l’histoire en trouvant un carton où mon père conservait des souvenirs : calot et médailles récoltées en Algérie, un calepin où il notait les bombes tombées au début de son arrivée à Alger, ses cours de typographe et un manuscrit.
Et c’est là que commençait pour moi l’histoire de la Muse. Ce manuscrit dactylographié, sans doute en reste –t-il d’autres exemplaires parmi les autres acteurs amateurs…
La pièce avait été écrite par une figure marquante d’Auffay : le «Grand Boa », surnom donné à André Beaupère, sans doute à cause de sa grandeur et de son côté filiforme. Il était vendeur de chaussure et cordonnier à Auffay. Mais il était connu pour ses textes et ses poésies. Je me souviens enfant, qu’il avait écrit une poésie sur les femmes des commerçants de la commune, et entre autre les jambes de la femme du maire actuel, qui était boucher dans le village.
Le grand Boa par lui-même
La pièce de la Muse que j’avais retrouvée datait de 1962-1963. C’était un pastiche de la vie de la commune. Les habitants les plus connus y étaient caricaturés tant dans le texte que par les acteurs.
Il est à noter que l’un des acteurs, fut maire d’Auffay, député et sénateur : Roger Fossé.
Papa m’expliquait que tout se déroulait de manière bon enfant et que les mouvements de mauvaises humeurs étaient fugaces.
J’aurais aimé connaitre cette époque où les gens savaient encore dialoguer, et ne pas péter plus haut qu’ils n'avaient le derrière. Le Grand Boa, je m’en souviens encore, j’étais môme. Et je me dis que les figures locales de son acabit, cela manque au village.
Auffay se dépersonnalise. En ce temps là, les gens tenaient compte les uns des autres sans tomber dans le nombrilisme ambiant qui submerge tant auffay que d’autres communes désormais.
Quand je lis et relis parfois cette pièce de théâtre, je me rends compte que peu de monde doivent se souvenir de telle ou telle personne… Et là sur le coup, je me dis que je suis une sacrée veinarde. Si je n’en ai pas connu certains, mon Père me les a décrits, expliqué qui ils étaient.
Dans cette soixantaine de pages, j’ai une partie de la mémoire des gens d’Auffay des années 1960, avant que le modernisme ne tue toute relation, et qu’Auffay ne devienne une cité dortoir, ou que les gens ne déposent leurs voitures pour prendre le train pour aller et venir au travail.
Là, la nostalgie m’assaille. J’ai eu beaucoup de chance enfant de connaitre la cidricole en face de ma maison : c’était miraculeux d’ouvrir la fenêtre de sa chambre et de sentir la bonne odeur des pommes cuites.
Tout un pan d’histoire est tombé et il faut aller de l’avant, mais pour l’instant l’avant ne me parait pas aussi séduisant que le passé.
Les rues sont envahies de voitures, elles passent à plus de 50 kms/h, le long de la voie de chemin de fer, entre les 2 passages à niveaux… Que dire, que faire ? C’est la fuite en avant, on ne prend plus le temps de vivre, des choses essentielles.
J’espère ne pas vous avoir collé le cafard, mais je voulais juste partager avec vous Auffay que j’ai aimé autrefois, pas celui de l’époque de la muse, je n’étais pas née, mais celui d’une dizaine d’années plus tard, dans les années 70.