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Magazine d'informations sur les associations, et les services de la région de la forêt d'Eawy et ses alentours. Magazine historique, culturel et environnemental.

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Ovide et Hyménée

Les contes de la forêt d'Eawy : Ovide et Hyménée

 

Cette histoire a commencé juste après la seconde guerre mondiale, en plein milieu du vingtième siècle. La Normandie pansait ses plaies, et essayait de se reconstruire.  Mais la campagne restait calme, elle avait été beaucoup moins touchée par les bombardements que les grandes villes telles que Rouen et Le Havre.

 


A Saint Martin sous Bellencombre, petit hameau situé entre Saint Hellier, et Bellencombre vivait un gros exploitant agricole. Il avait un cheptel colossal à la sortie de la guerre. Il faut dire qu’il avait acquis avant la guerre un taureau limousin, très robuste, à la robe brune roussâtre. Ovide, le taureau, avait amplement participé à la réussite de mon propriétaire. Ses descendants étaient légions. 
 


Maître Henri était un homme pragmatique. Il voyait toujours son intérêt. Il avait trouvé la race de vache parfaite donnant beaucoup de lait, une bonne viande et demandant peu de soin. Le croisement avec Ovide le limousin donnait des veaux et des génisses aux qualités puissantes et robustes.


Ovide vivait d’un côté de la Varenne, tandis que les vaches paissaient de l’autre côté. Seule une passerelle les séparait, elle enjambait la rivière. Si Ovide était de race limousine, les vaches étaient toutes de race normande. Elles avaient des hanches volumineuses, la mamelle replète. Le fermier trouvait qu’elles étaient la race bovine la plus facile à élever. Elles faisaient leurs petits aisément, sans l’aide de Maître Henri ou d’un vétérinaire. Elles donnaient beaucoup de lait et de très bonne qualité, de plus leur chair était goûteuse avec juste ce qu’il faut de gras, ni trop, ni trop peu.
 

  Ovide était trapu, massif, puissant. Ses cornes étaient épaisses, dangereusement pointues. Les poils au sommet de sa tête étaient légèrement frisés. Il était magnifique et faisait la fierté de son éleveur. Cependant, Ovide commençait à prendre de l’âge et ses forces déclinaient. Maître Henri, son propriétaire ne voulait plus le garder. Il devenait inutile, il était une bouche de trop à nourrir. En plus, Maître Henri était tombé sous le charme d’un taureau normand fringuant et fougueux qu’il avait vu à quelques kilomètres de là.

 
Avant la seconde guerre mondiale, Maître Henri avait fait son service militaire en Aveyron. Son meilleur ami habitait le Nord du département, dans un petit village nommé Anfrusque. L’Nicolas élevait des vaches d’Aubrac, des salers à la viande si fine, si délicate. Ces vaches étaient résistantes au froid et à la sécheresse. Maître Henri fut tenté d’essayer d’élever des salers en Normandie et L’Nicolas des Normandes en Aveyron. Tous les deux étaient avides, à l’affut du gain. Ce qui les motivaient, c’était aussi l’argent gagné facilement. Quand le service militaire fût terminé, la guerre finie. Ils firent l’échange de bovins.  

Maître Henri regretta amèrement d’avoir échangé une très belle normande contre une vache d’Aubrac qui donnait si peu de lait. En plus, elle n’engraissait presque pas. Peut être sa chair serait excellente mais ce n’est pas pour autant qu’il aurait un meilleur prix au kilo à l’abattoir.

Cette vache, avec si peu de qualités, se nommait Hyménée. Elle avait une jolie robe couleur de pain bien cuit. Son regard était doux, cerclé d’un fin trait noir, lui dessinant les yeux en amandes. Hyménée suscitait la haine du troupeau. Les autres vaches lui donnaient des coups de queues, lui fouettaient la face. Elle recevait des coups de cornes, des coups de sabots. Comme chez les humains, elle n’était pas aimée parce qu’elle était différente. Seul le vieil Ovide s’intéressait sincèrement à elle. Lui qui n’avait jamais été tendre avec les autres vaches, il découvrait avec Hyménée ce que c’est que d’être prévenant et doux. La fureur du troupeau allait crescendo envers la petite vache d’Aubrac.

Peu de temps s’écoula quand le Maître Henri transféra le vieil Ovide dans une cours près de la route. Un jeune taureau fringuant, méchant, hautain et mesquin prit sa place. Tout le troupeau l’admirait. Quand Maître Henri lui amena Hyménée, elle lui déplut tellement qu’il la roua de coups. C’est in extremis que l’agriculteur la sortit de l’enclos. Il la mit avec Ovide. Sa décision était prise, elle partirait demain en même temps que le vieux taureau à l’abattoir. Toute la journée, Ovide s’occupa d’hyménée. En début de nuit, il lui expliquait dans sa grande sagesse qu’il avait compris que demain, ils seraient mis à mort tous les deux. Il voulait continuer de vivre à ses côtés. Aussi de sa puissance, il démolit la clôture C’est ensemble qu’ils s’enfuirent. Ils prirent la route de Muchedent, montèrent vers le Beau Soleil. A l’aube, ils avaient trouvé une belle clairière en forêt où ils regardèrent le soleil se lever.  Pour se reposer à l’abri, ils avaient trouvé un blockhaus, vestige de l’occupation allemande. Hyménée guérissait doucement de ses blessures et l’amour d’Ovide lui redonnait confiance en la race bovine.

Tout ce bonheur faillit basculer quand, Alphonse, un garde forestier les découvrit. Alphonse avait toujours voulu être éleveur comme son père. Mais il était le benjamin de la famille. Et il n’y avait pas assez de terre pour lui. Il se choisit un métier où il serait proche de la nature. C’est tout naturellement qu’il devint garde forestier. Pour garder Ovide et Hyménée, il se fit muter en Aveyron. Hyménée était folle de joie de retrouver sa terre de naissance. Là-bas, naquit plein de vaches et de taureaux, tous plus beaux les uns que les autres. Le premier des taureaux était tellement magnifique que Georges Lucien Guyot, un aveyronnais bien connu, en fit une statue de bronze. Vous pouvez toujours l’admirer place du Foirail à Laguiole. Quand à Ovide et Hyménée, ils vécurent encore très longtemps ensemble, admirant les levers et les couchers de soleil sur l’Aubrac.

 

 

 

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