Magazine d'informations sur les associations, et les services de la région de la forêt d'Eawy et ses alentours. Magazine historique, culturel et environnemental.
Fait de société : La vie en Inde
Calcutta sont univers impittoyable
L'article qui suit est un courrier d'une série de 3, d'Angeline Huguenin, jeune femme de originaire de Blainville Crevon. En 2008, elle fut bénévole en Inde. Elle nous a envoyé des mail vraimlent chargés d'émotions. Il faut vraiment que vous en prenniez connaissance.

Mercredi 26 Mars 2008, de Calcutta
Bonjour à tous,
J'espère que vous allez bien. Que vos stages commencent bien, les 3A, que vous vous éclatez toujours autant en modules obs ou erasmus les 2A, et enfin que le module 5 ne vous saoule pas trop les 1A.
J'ai prévu d'envoyer de temps en temps des nouvelles de mon séjour en Inde, surtout pour faire partager ce que j'y vis à ceux que cela intéresse.
Je me doute bien que cela n'intéressera pas tout le monde. Si tel est votre cas, il vous suffira de supprimer d'office les messages dont je suis l'expéditrice...
Je vous demande simplement de ne pas trop blaguer sur les parties un peu dures de mes mails, par respect pour ceux que cela concerne.
Me voila donc à Calcutta, volontaire chez les missionnaires de la charité (la communauté fondée par Mère Teresa).
Première constatation: Calcutta, ce n'est pas un endroit pour faire du tourisme!
C'est grand, c'est pollué, c'est bruyant.
Cette ville donne une forte impression de désordre généralisé. (Mais ceux d'entre vous qui entraient régulièrement dans ma chambre, ou même qui y sont entrés une fois à l'improviste, savent qu'il en faut plus pour m'impressionner!)
Il y a de tout dans tous les sens.
D'abord, les routes. Elles sont occupées par des voitures (surtout des taxis) qui n'arrêtent pas de klaxonner, tout le temps, tout le temps, tout le temps. C'est fou.
En plus des voitures, il y a les rickshaws. Alors ça, c'est les "pousse-pousse" et c'est assez déroutant. Une carriole, deux brancards, et au milieux des deux brancards, un monsieur pieds nus qui tire. Ca fait très bizarre de les voir au début, mais monter dedans c'est pire! Je l'ai fait une fois, je ne recommencerai plus, promis! Je crois qu'il faut être né ici pour utiliser ces transports sans s'en vouloir à mort. Ces gens se tuent à la tâche (n'imaginez pas qu'en faisant ça on vit bien longtemps...c'est beaucoup trop physique et puis c'est pas de l'air de la foret qu'on respire ici) et en même temps si tout le monde a des scrupules, ils n'ont pas de clients et donc ils ne mangent pas le soir...
Et puis il y a les piétons, qui passent partout, n'importe-comment.
Que ce soit pour traverser un boulevard ou marcher le long d'une petite rue, rien n'est organisé. Heureusement, les voitures roulent au pas. Sinon, il y aurait beaucoup de morts.
Les rues... on dirait que toute la vie des gens se passe dans les rues. Quand je vais travailler le matin, je vois les Indiens qui par dizaines se savonnent sur le bord de la rue (car pas de trottoir, faut pas rêver!). A d'autres moments on les voit manger, cirer les chaussures, se faire raser... Tout ça dans la rue. C'est très vivant ici!!!
Et je passe aussi devant des étals de boucher qui feraient hurler notre chère Annie Morvan avec ses notions HACCPiques. Une petite cabane, plein de morceaux de viande entassés, déplacés avec des mains sales, et puis des mouches. Depuis que j'ai vu ça je mange végétarien.
Et dans les rues il y a plein de chiens errants. Et puis des poules aussi. Et des chèvres. Et les poubelles! J'allais oublier les poubelles! De gros tas d'ordures, et l'odeur qui va avec, comme ça, à certains carrefours. Petite précision: il fait chaud ici. Ca catalyse les réactions a l'intérieur des tas de poubelle...
Et, au milieu de tout ça, des gens qui vivent. Ils ont leur "maison" plantée sur le bord de la rue, une bâche en plastique, quelques briques pour tenir la bâche, et leurs casseroles a l'intérieur. Le tout doit faire 6m2 max pour une famille.
"Ca doit être difficile a supporter de voir ça" me direz vous peut-être. Ben non. Désolée mais non. J'en ai discuté avec d'autres Françaises, c'était pareil pour elles. On s'attend a avoir l'estomac complètement retourné par la vue d'une misère à laquelle on n'est pas habitué, et en fait non. Je sais pas pourquoi. Peut-être qu'elle est tellement présente ici qu'on l'intègre vite en tant que normalité.
Là où l'existence bidonvilles m'a vraiment choquée, c'est la première fois que je suis allée dans un bar. Ecran plasma, groupe de musique avec guitares électriques, bière qui coulait à flots. Et dehors, des adultes de 35 kilos tout mouillés dormaient sur des bouts de chiffons.
J'avais l'impression d'avoir quitté le monde de l'Inde et d'être rentrée à la maison.
"L'Inde est un pays de contrastes" m'a-t-on dit. C'est clair...
Il arrive que, quand nous (des occidentaux) passons devant, des gamins qui vivent là-dedans nous crient "Hello!" avec un sourire rayonnant et des étoiles plein les yeux, et sans rien attendre. (D'ailleurs je ne comprends pas cet intérêt, parce-que, des occidentaux, il y en a plein qui passent).
Voila pour un petit aperçu de Calcutta. Pour mieux connaître cette ville sans avoir a faire l'aller-retour, il y a un livre formidable, La Cité de la joie, de Dominique Lapierre.
Pour ce qui est de mes journées... D'abord,je sais que c'est pas terrible au niveau "imprégnation de la culture" mais je mange italien dans un resto pour touristes. Indien, j'ai essayé, mais j'en pouvais plus, ils mettent tellement d'épices qu'on crache le feu, le repas était devenu pour moi le moment le plus redoutable de la journée!
Le matin, je travaille dans un centre qui accueille des adultes qui ont une maladie de longue durée, souvent physique, parfois mentale, parfois les deux. D'abord une heure et demie de lessive, dans des baquets, vêtue de mon beau tablier rose en plastique..., puis il y a une pause pendant laquelle on peut mieux faire connaissance avec les autres volontaires. Ils viennent de tous pays... Ca fait travailler l'anglais! Ensuite, on va s'occuper des gens. C'est... très bizarre. Le but n'étant pas de faire quelque-chose en particulier, mais d'être avec eux. De les aimer et le leur montrer pour qu'ils ne souffrent pas, en plus de leur maladie, du sentiment d'être rejetés, de ne plus exister pour personne. Facile à dire comme ça, mais quand on entre dans la salle ou ils sont tous là, à nous regarder, on ne sait pas trop quoi faire... On n'a pas l'habitude d'entendre "ton boulot c'est juste d'être là"....puis ça vient. Rien de technique dans tout ça. Que de l'humain. Aujourd'hui j'ai fait découvrir le bras de fer a une jeune de ... 18 ans en gros, et qui doit peser trois fois moins que moi... Eh bien elle m'a ratatinée! J'étais degoutée! Et elle était morte de rire. Heureusement après je lui ai montré le bras de fer chinois et j'ai été meilleure. Egalité. J'ai sauve ma fierté.
Vous verriez leurs yeux! Bon, il y en a qui font une tête pas aimable, c'est vrai. Mais d'autres, quand on s'approche d'eux, mettent dans leur regard tout l'amour du monde.
Le midi je suis claquée alors je dors.
L'après-midi je vais dans un centre qui accueille des enfants handicapés. La encore, c'est des handicaps physiques, mentaux ou les deux. Pas évident non plus. Faut les occuper pendant une heure et demie... des fois je me dis que je dois les saouler, les pauvres gosses, ils ont tout le temps autour d'eux des volontaires qui jouent avec et ils ne peuvent même pas nous dire de leur foutre la paix s'ils veulent parce-que, pour la plupart, ils ne parlent pas. Mais faut voir comme ils sourient quand on les prend sur les genoux, parce-qu'enfin, ils vont pouvoir passer un peu de temps à la verticale! (Quasiment aucun n'a les capacités de se tenir droit tout seul).
Il faut leur donner à manger aussi. La première fois, le mien recrachait tout. J'y ai passé une heure! Par chance, le deuxième jour je m'occupais d'un autre enfant. Il s'est illuminé comme un soleil quand je lui ai mis son bavoir, ça m'a rassuré tout de suite: beaucoup plus facile avec celui-là!!!
Angeline